— 14. 05. 2026
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Alexis Banvillet et Stephane Grimault 8ème duo en Martinique

Alexis Banvillet et Stéphane Grimault (Atlantique Les Invincibles) sont les onzièmes à franchir la ligne d’arrivée de la Cap-Martinique ce jeudi 14 mai à 12h49 (locale). Le duo a mis 24 jours 01 heures 49 minutes et 46 secondes pour parcourir les plus de 4 000 milles entre La Trinité-sur-Mer (Morbihan) et Fort-de-France (Martinique).

Leurs réactions

Alexis : Il faut qu’on remercie quand même toutes les personnes qui nous ont suivis : nos familles, nos proches, nos amis, et l’association Les Invincibles pour qui on court. Nos partenaires aussi. On a eu l’association pour le soutien des techniques de l’environnement, on a eu CP, et la chaîne d’hôtels Clos Hôtel qui nous a soutenus sur le projet. Il faut quand même qu’on pense à eux, voilà. Et puis après, l’aventure… par quoi commencer ? 

Stephane : Moi, j’ai dit que c’était le voyage de Sindbad le Marin, parce que je me souvenais de ça quand j’étais gamin. Le gars ne s’en sort jamais, il a toujours des trucs qui lui tombent sur le nez.

Alexis : Tous les jours il y a un truc. Donc nous, ça n’a pas été absolument tous les jours, mais on s’est dit à un moment donné qu’on avait l’impression que le sort était un peu contre nous, parce que c’est épuisant. Dès qu’il t’arrive un truc, il faut vraiment y remettre toute l’énergie possible pour le résoudre le plus rapidement possible, et ça tombe toujours au mauvais moment. Toujours. C’est notre première traversée et on ne pensait pas à quel point l’homme était au service de la machine. Lorsqu’on fait de la régate, on a toujours tendance à penser que c’est la machine qui est plutôt au service de l’homme pour faire les meilleurs points. En fait là, c’est l’homme qui est vraiment au service de la machine. La machine, quand elle est bien réglée, elle avance toute seule de nuit comme de jour, elle n’a pas besoin de nous, mais par contre il faut sans cesse l’entretenir. Donc on a cassé des choses. On a déchiré un spi, on a arraché un bras de spi et une poulie. Notre écran de PC Adrena est tombé, il est HS. Donc on a utilisé notre PC de secours Navimatrix. Sur un empannage, on a un bras de spi qui s’est décroché dans le tangon, on a compris après pourquoi. J’ai mis le pilote automatique et je suis allé rapidement essayer de retirer le tangon pour éviter qu’il traverse le spi, parce qu’on n’en avait plus que deux. Il y avait pas mal de vent, 25 nœuds, et là il y a eu un empannage. L’écoute était molle, elle a embarqué ce qu’on appelle une raquette qu’on a retirée, qui est sur la barre, et elle a complètement tordu la barre. Vous voyez, elle a vrillé et relevé. C’est une barre qu’on dit incassable sur les Figaro. 

Stephane : Donc en fait, on a navigué presque 20 jours avec la barre comme ça, complètement tordue. Tu barres avec le bras en l’air en fait.

Tout à l’heure, je vous entendais dire que pendant 14 jours vous n’aviez vu aucun bateau.

Alexis : Les 14 derniers jours, on n’a vu aucun bateau. Le dernier bateau qu’on a vu, c’était un petit peu au large du Maroc.

Stéphane : Les pêcheurs.

Alexis : Oui, les pêcheurs. En fait, on aurait pu acheter des clopes, ils nous ont proposé des clopes. Plus sérieusement, on part de France, donc on a le dégolfage et on sait que le Golfe de Gascogne c’est assez dur, il y a des orages, il peut y avoir du vent. Après, il y a les alizés portugais, avec le risque lié aux orques. En fait, on a vu des dauphins, des rorquals, mais pas d’orques. On a longé le Sahara et on n’avait pas bien identifié le point où on quittait la côte au sud du Maroc, au niveau de la DST de la Mauritanie.

Stephane : Les premiers concurrents nous avaient dit : « Attention, ne passez pas par là, allez plus au nord ! » Mais on n’avait pas assez de repères et c’était au petit bonheur la chance. La nuit était noire, on ne voyait rien, et le bateau était à fond. On s’est dit « Là, si on touche… » Tu es à 25 nœuds, avec 12 nœuds de moyenne. Il y a eu des nuits angoissantes sur des trucs comme ça. 

Alexis : On a pris soin de nous quand même. Il y a deux, trois fois où on s’est dit « OK, là on affale le spi, on se met sous le génois, on ne se met pas dans le rouge. »

Stéphane : Pas plus tard qu’hier.

Alexis : Hier soir, ouais. La mer était complètement hachée, on était fatigués. Ça faisait deux, trois fois qu’on envoyait, qu’on affalait, etc.. On s’est dit « Bon allez, on finit, on se met sous génois, on met le pilote et on dort, et dès qu’il y a un peu de lumière du jour… » La grosse difficulté, c’est d’arriver à faire complètement confiance à la machine. On n’avait jamais fait de course aussi longue ; on avait fait le Fastnet l’an dernier, mais ça dure cinq jours et demi, ça n’a rien à voir. Là, quand tu pars pour 24 jours, tu es obligé d’utiliser le pilote régulièrement et de lui faire confiance. Il faut être serein dans toutes les conditions. Quand la mer est creusée ou quand il y a des bascules de vent, comme on en a eu de 15 à 20 degrés, le pilote ne s’y retrouve pas et on part au tas. Le moindre bruit nouveau nous pose un problème et nous angoisse.

Stéphane : Ouais, il faut se mettre à la recherche du pourquoi de ce bruit. Il y a les bruits gentils, ceux qu’on connaît : le pilote, les voiles, les flottements… Et les bruits du pilote qui me font entendre des voix ! Quand je suis dans le bateau, j’entends des gens parler. C’est le pilote qui fait ça et ça me crée des voix. J’avais l’impression qu’il y avait des gens qui discutaient sur le bateau.

Et la vie à bord, ça s’est bien passé ?

Alexis : Alors nous, on ne s’est jamais disputés parce qu’on se connaît bien, mais par contre il y a eu un peu de tension. Là ce matin, à la première lueur du jour, Stéphane commençait à vouloir empaner tout seul : « Hop hop hop, qu’est-ce qui se passe là ? Ah, il faut faire des choses ! Il faut faire des choses là ! Qu’est-ce qu’il faut faire ? Où est-ce qu’on est ? Regarde, il faut faire des choses ! » Non mais attends, ce qu’il faut dire, c’est qu’il y a une petite compète entre les Figaro 2. Un gars comme « Tuf Tuf », il t’envoie des petits textos régulièrement en disant : « Ouais, j’ai le couteau entre les dents les gars, à la moindre connerie vous allez la payer ! » Enfin, grosse ambiance quoi. Donc il y a de la compète.

Et là, c’est quoi le programme justement ? C’est les vacances ?

Alexis : Là, c’est les vacances.

Stéphane : Vacances.

Alexis : J’espère faire un peu de tourisme, c’est la première fois que je viens. Je suis écolo hein, rapporté à la moitié de ce qu’on a consommé, c’est 20 litres d’essence pour la traversée ! On repart le 23 en métropole.

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