— 12. 05. 2026
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Maxime Paul et Eric Guigné 2è duo en Martinique et vainqueurs en temps compensé

Maxime Paul et Eric Guigné (OSE) sont les deuxièmes à franchir la ligne d’arrivée de la Cap-Martinique ce lundi 11 mai à 21h53 (locale). Le duo a mis 21 jours 10 heures 53 minutes et 23 secondes pour parcourir les plus de 4 000 milles entre La Trinité-sur-Mer (Morbihan) et Fort-de-France (Martinique). Ils remportent la Cap-Martinique 2026 en temps compensé.

Là, c’est quoi le sentiment quand on franchit la ligne d’arrivée après 21 jours ?

Eric Guigné : Un peu assommés, moi je n’en reviens pas. Oui, un peu surpris aussi. Et puis on se pose un peu, c’était physiquement et mentalement assez engagé. On a toujours été sur le qui-vive à changer les voiles, à faire tout ce qu’il fallait. Donc là, on se pose un peu, on plane un peu, je ne te cache pas que je n’en reviens pas. Volontairement, on savait qu’il y avait un temps compensé et qu’ils nous devaient un certain nombre d’heures. Mais pour le coup, on n’a pas regardé. On sait à quelle heure ils sont arrivés, mais on n’a pas fait du tout les mathématiques. On s’est dit : on navigue, on fait comme on fait et puis on verra de quel côté ça tombe à la fin. Et donc, quand on a texté JP pour savoir de quel côté c’était tombé, forcément on était très heureux. Je suis même surpris, un peu halluciné. 

Racontez-nous votre course justement, comment ça s’est passé ?

Maxime Paul : Pour moi, il y a une chose qui résume la course, c’est : relance à gauche. À chaque fois c’était à gauche, à gauche, à gauche. On a longé quasiment toutes les côtes qui étaient possibles à longer : l’Espagne, le Portugal, jusqu’à la Mauritanie, et on a vu le Cap-Vert. Il s’en est fallu de peu pour qu’on aille voir Trinité-et-Tobago à la limite. Ce n’était pas qu’une course de vitesse en fait. Souvent, en bateau, on pense qu’il faut foncer tout droit et aller le plus vite possible. Donc là, évidemment, il fallait aller vite parce qu’on avait des compétiteurs super préparés, mais c’était surtout un jeu d’échecs. Il fallait partir le nombre de fois où on avait la Martinique dans cet axe-là, mais finalement, pour éviter des zones de vents trop légers, on partait presque à la perpendiculaire pour aller attraper un vent meilleur. Il faut vachement de cran. Et tu ne pars pas à la perpendiculaire pendant une heure ou deux, tu pars à la perpendiculaire pendant une nuit ou un jour et demi. Et là, tu vois les autres qui vont tout droit, tu crois qu’ils sont dans l’erreur mais tu n’en es pas sûr, et puis finalement cinq jours après tu te dis que tu as eu raison.

Vous avez douté un peu parfois, de vos options un peu tranchées ?

Maxime Paul : En fait, on en a beaucoup parlé ensemble, surtout sur des options tranchées comme ça, et on arrivait à se forger une espèce de confiance en se disant que ça avait l’air un peu risqué, mais que c’était ça qu’il fallait faire. Surtout la dernière, quand on est partis au sud il y a quatre ou cinq jours avant l’arrivée, on est partis un peu tout seuls en laissant les bons, Jean-Pierre Kelbert et Alexandre Ozon là-bas, qui avaient peut-être des affaires à régler tous les deux et qui se prenaient le bec. Nous, du coup, on s’est dit que ce n’était pas grave, on a fait notre route avec nos convictions et notre logique. On est descendus et on a bien fait parce qu’on a récupéré quasiment 50 ou 60 milles là-dessus.

Et vous avez des rôles définis à bord, vous êtes complémentaires ?

Eric Guigné : On a joué un peu comme si on était deux solitaires, parce qu’on a l’habitude de faire du solo. Donc on a souvent fait les mêmes choses. Moi je faisais la navigation avec Navi Matrix par exemple, et lui avec Adrena. On comparait, on attendait de récupérer les fichiers de vents, on donnait notre avis et parfois on n’était pas d’accord, on en discutait et c’était vachement précieux. On s’est toujours mis d’accord. Je crois qu’il y a eu deux désaccords en tout et pour tout : sur le réglage de la bordure de grand-voile où on n’était pas tout à fait en phase, et voir éventuellement le hale-bas, puis s’il fallait passer sous le vent de l’île ou au vent de l’île. Ça se résume à ça. Au-delà du résultat, il y a quelque chose, c’est qu’avec Eric, on n’a pas tant navigué que ça à deux, et pourtant on s’est vachement bien trouvés sur l’eau, dû au fait que comme on est deux solitaires, on sait ce que l’autre va faire et on l’accompagne. On avait navigué une fois pour se qualifier sur un bateau prêté, et ce bateau-là on l’a touché fin octobre, on a eu un hiver particulier et finalement on a assez peu navigué ensemble. Ce qui est cool, c’est qu’il y a cette confiance réciproque où l’on sait que l’autre sait faire, et j’ai été très agréablement surpris par ça. C’est très fluide. On est tous les deux d’assez bons navigateurs sans être des champions, mais on est quand même assez autonomes. On s’est très vite fait une grande confiance. Et quand Max a pris la main, ce n’est pas parce que je suis le skipper en chef, Max a pris un maximum de responsabilités et d’autonomie et heureusement d’ailleurs, je le félicite car il a été excellent.

Et sinon, vous parliez du bateau, est-ce que vous avez eu des pépins techniques pendant la traversée ?

Éric Guigné : Très peu. On était en train de faire le bilan, on a déchiré le zip des spis asymétriques que l’on peut rouler. On avait par contre un petit sujet d’étanchéité qui fait qu’on avait de l’eau qui rentrait par les hublots, et l’eau tombait sur l’ordinateur qui s’est fragilisé assez tôt. Ça a été un peu le grand point d’attention. Mais en dehors de ça, toutes les manœuvres sont passées, on n’a rien cassé, rien déchiré. On a eu quelques problèmes de temps en temps sur des petites ficelles qui étaient accrochées. Il n’y a pas longtemps, on a changé trois fois de voile pour venir jusqu’ici, on est passés sous spi, sous code zéro, repassés sous J2, et il y avait un petit cordage qui bloquait une écoute. Un truc imprévisible, mais on a très vite réglé les problèmes. On a vraiment fait un bel équipage, on s’est super bien trouvés.

Quel est votre meilleur souvenir ?

Maxime Paul : On en a eu plein. Moi j’en ai un, c’est le Cap-Vert, car c’était la première fois que je le voyais. De voir cette île très verticale, un peu comme l’île de King Kong, et le fait qu’on aille chercher l’accélération et que ça nous éjecte. C’était une option avec un parti pris par rapport aux concurrents et ça a marché au bout de dix jours, sachant qu’il a fallu relancer le long du courant du Cap-Vert. Ça a été un bon souvenir de prise de décision et d’exécution. C’était beau, la fameuse île de São Vicente à l’ouest, une très belle île un peu impressionnante. Tu as l’impression que c’est Skull Island, tu te dis qu’il doit y avoir des monstres préhistoriques là-dedans. En ce qui me concerne, ce sont les arrivées, je trouve ça vachement émouvant. Tu commences à distinguer la Martinique, l’îlet Cabrit, on devinait les montagnes. On a eu ce coucher de soleil qui tombait pile au moment où on enroulait l’îlet Cabrit, on voyait au loin la silhouette du rocher du Diamant avec le soleil qui tombait dedans, c’était magnifique. En plus, tu commences à arriver et tu sens les odeurs de langouste grillée dans les Anses d’Arlet, tu te dis qu’il y a des mecs qui savent vivre ici. Au large, la mer était croisée avec les sargasses, c’était compliqué de faire avancer le bateau, et quand tu passes l’îlet Cabrit après, ça devient une sorte de billard. On était un peu désorientés de se faire secouer pendant trois semaines, et là sous le vent de l’île c’était complètement plat, on était sous spi et le bateau planait à 17 nœuds. C’était complètement dingue, on avait pile le bon angle.

Il y a eu des moments difficiles aussi ?

Eric Guigné : Les transats ne se résument pas qu’à de bons moments de plaisir, il y a eu des moments où on était dans le dur, mouillés, l’humidité et le froid les premières semaines. Et puis la dernière semaine, on n’en pouvait plus de la chaleur et de l’humidité parce que le bateau n’est pas très aéré. On a tout colmaté parce qu’il y avait des fuites, et on ne savait plus où dormir. Cet après-midi-là, j’ai fait une petite sieste allongé par terre au fond du carré, car c’était la meilleure place : sur le pouf on avait trop chaud, on transpirait. Très très chaud, parce qu’on a fait une route très au sud.

Quand vous partiez de La Trinité, vous espériez quoi en termes de résultats sportifs ?

Équipage OSE : On ne voulait pas afficher une grosse ambition parce qu’on n’avait eu le bateau qu’il y a quelques mois et qu’on avait navigué cinq fois ensemble. Même si on est de bons régatiers, ça ne suffit pas pour connaître un bateau tout neuf. Mais au fond de nous, on est des compétiteurs, on s’était dit qu’un podium ça aurait été bien. Moi, je m’étais surtout fixé comme objectif de bien naviguer, de bien faire la stratégie et que le bateau soit bien en harmonie. On a été assez indépendants, on a souvent fait des choix où l’on s’est carrément écartés de la flotte. C’était top de pouvoir naviguer avec les autres bateaux de cette génération, comme les Pogo et les JPK. Le but c’était de naviguer proprement par rapport à ce groupe-là. Ça a fini par bien se dérouler, car on a eu nos convictions sur les décisions et on les a prises comme on le voulait.

Vous vous attendiez à ce que ce soit si serré avec ces petits écarts ?

Maxime Paul : Absolument. Battre l’équipage de Sam Manuard et Erwann Le Mené, qui sont des mecs très forts avec un super bateau, ou des gars en solitaire comme Alex Ozon et Jean-Pierre Kelbert qui vont arriver juste derrière, c’est incroyable. Eux, ils sont dix fois plus forts que nous, parce qu’il faut les manier ces bateaux-là. Ce sont des bateaux qui vont très vite, mais ça veut dire que ça tape et ce n’est pas facile. Et les mecs en solo qui traversent la flotte, c’est dingue. Respect éternel pour les mecs qui font des solitaires comme ça.

C’est la deuxième fois que l’équipe OSE gagne ?

Eric Guigné : Oui, c’est la deuxième fois que OSE gagne. OSE, c’est une association et on a plusieurs bénévoles qui relèvent le défi. La dernière fois, c’étaient Gérard et Bertrand. L’association lève de l’argent pour combattre une maladie génétique qui s’appelle la neurofibromatose. Avec l’argent levé grâce à la notoriété qu’on peut lui apporter, ça permet de financer des programmes de recherche et d’apporter du bien-être aux familles et aux enfants touchés. C’est la maladie la plus présente dans les maladies rares, elle concerne des dizaines de milliers de gens. Il faut encourager OSE et faire des dons à l’association. La maladie se présente sous diverses formes, au niveau de la peau ou neurologique, et chaque personne a des symptômes différents. C’est une maladie qui se déclare assez tôt et touche beaucoup les enfants. On a voulu faire un rapprochement avec la coccinelle pour symboliser un petit peu la maladie, pour la rendre un peu plus gentille, car les personnes ont des taches sur la peau. Il y a d’ailleurs un autre bateau avec des coccinelles qui va arriver, c’est mon ancien bateau qu’il a vendu et ils ont gardé la même décoration.

Maxime, tu signes ta troisième participation, pourquoi est-ce que tu reviens participer à la course ?

Maxime Paul : C’est probablement la dernière, en tout cas avant un petit moment. Je l’ai toujours fait pour de bonnes raisons : la première fois avec mon père pour le projet familial, la deuxième tout seul pour voir si j’en étais capable. À la base je ne voulais pas y aller, mais Eric m’a proposé un projet orienté « performance » avec un super bateau et un super coéquipier, donc on y est retournés pour la gagne. J’avais aussi envie de faire cette transat de la Cap-Martinique pour retrouver mes copains et toute l’équipe d’entraînement de La Rochelle, c’est une très belle aventure. Moi j’ai commencé les transats très tardivement parce qu’avant j’étais trop pris par la famille et le boulot, donc maintenant je mets les bouchées doubles pour rattraper mon retard.

Quel est le programme pour la suite ? On va accueillir les copains du coup ?

Eric Guigné : Déjà, on va accueillir Alex et Jean-Pierre, nettoyer le bateau, puis on va se reposer. Moi, je rêve d’une douche et d’œufs brouillés au petit-déjeuner. Du beurre salé, du pain frais, des pâtes et un expresso !

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