— 05. 05. 2026
— 05. 05. 2026

Les news du bord – 5 mai

Alexandre Morand & Tristan Gegaden – Les étoiles de la baie

« Des tortues, des poissons qui volent et la douche automatique : « le défi du Cap Vert »

Apres 16 jours de mer, 1770 miles parcourus, 7 litres de Gasoil, 20 litres de Methanol… et pas mal de café, voici quelques lignes sur les 48 heures passées.

Une fois la « bataille des Canaries » ainsi que la descente de la côte du Sahara Occidental jusqu’au port de Lagouira derriere nous, nous commencons a bifurquer vers l’ouest.

*Cap Magnétique et Relativisme*
La nuit est meilleure que la précédente (nous n’avions pu dormir que 3 heures) mais une forme de manque de vigilance s’installe pendant la nuit ou peut etre une flemme d’effectuer un changement de voile a 3 heures du matin, le pilote ne tient pas le cap voulu =》 ça se paye cash!
Le constat est clair, nous avons trop abattu par rapport au cap pendant la nuit, maintenant il faut re-lofer pour rattraper la route perdue… c’est vraiment là qu’on se dit que Cap Magnétique et Relativisme ne font pas bon ménage… vous savez, le relativisme, c’est la petite voix qui te dit: « on est fatigués, en plus il doit y avoir une erreur dans la cap magnétique et puis la route est longue on verra ça plus tard »… non, non,… paiment cash en sortie!

*Le Défi du Cap Vert*
Fort de ce constat partagé au petit dejeuner, une réaction est nécessaire: le couteau entre les dents, nous mettrons tout en oeuvre pour améliorer cap et vitesse moyenne: on veut remonter nos 3 ou 4 principaux concurrents qui nous avaient distancé pendant la « Bataille des Canaries ».
une longue journée à barrer le bateau sous spi par un vent établit â 23 noeuds avec rafales à 26 noeuds : c’est le « Défi du Cap Vert »!

Nous sommes quasiment vent de travers pour remonter sur la route directe du Cap Vert.
Il faut savoir que le vent de travers sous spi dans la brise n’est pas une allure des plus confortable ni reposante.
nous progressons rapidement (souvent plus de 12 noeuds de vitesse) mais au prix d’un effort certain qui met a l’épreuve musculatures et articulations: nous nous relayons toutes les heures à la barre. A cette allure, c’est la douche automatique, on se recoit des paquets de flotte et sommes trempés, les fesses mais aussi tout le reste (c’est ok j’ai pris 23 caleçons !)L’eau est à presque 25 degrés, au moins ce n’est pas froid. Les résultats ne se font pas attendre avec une amélioration notable de la vitesse moyenne sur 4h et 24h et nous sommes désormais revenus sur la route et avons rècupéré quelques places.

*Le roi du Gyro 3*
La gestion du pilote automatique est un art compliqué mais absolument essentiel car il est intrinsèquement lié à la durée du sommeil de l’équipage (je passe sur l’importance de la gestion du sommeil…).
Dans la maitrise de cet art délicat, Alexandre a excellé! Je lui ai décerné le titre de « roi du Gyro 3 » pour avoir sauvé plusieurs de nos nuits.
Un pilote n’agit pas qu’en force mais aussi en finesse,à chaque condition d’angle au vent + force du vent + état de la mer correspond un réglage optimal qui assurera de maniere équilibrée la bonne marche du bateau.
Il y a quatre paramètres principaux à calibrer en fonction des conditions :
– la barre
– la contre-barre
– le lissage vent
– le gain
Il faut donner une valeur numérique a chacun de ces parametres.

Évidemment, nous avions préparé durant l’année écoulée, l’utilisation optimale du pilote mais les conditions réelles ont nécessté des ajustements essentiels par tatonnements.
Dans le manuel constructeur NKE, il existe bien des abaques qui donnent 9 réglages standards (allures: Près Reaching, Portant ; conditions: vent faible, vent medium, vent fort), mais ces abaques sont établis pour le bateau Beneteau Figaro 2 aussi il convient de les adapter et optimiser pour le JPK 10.30.

Avant le départ, les Experts NKE avaient arpenté les pontons de la Trinitè sur mer et réalisé gracieusement une révision matérielle et logicielle des bateaux équipés NKE. Chez nous, Xavier a effectué notamment une mise a jour du micrologiciel qui gère le pilote (v1.5) et qui devait aporter pas mal d’améliorations au portant : je confirme que cette amélioration est significative!
Merci aux Ingénieurs NKE ainsi qu’à Xavier et Mathieu!
Une précision: NKE c’est Breton donc c’est bien ! (important de le souligner:)

*Tortues et Poissons volants*
Et puis Il y a des Poissons volants « Exocet » un peu partout autour de nous, on les voit sortir, voler et planner au ras de l’eau sur 200m puis replonger. Ces poissons-oiseaux se jettent littéralement sur le pont du bateau, on en ramasse à l’avant ou dans le cockpit
Certains équipages de la course s’en font des fricassées (si, si, on a vu les photos!)
Des tortues aussi! Qui surnagent a la surface, certaines sont imposantes et on se demande ce que ca donnerait en percutant un de nos safrans…

La terre est en vue a 10h30 ce lundi matin (heure francaise), nous passons a 15 miles de Porto Novo. Le Défi du Cap-Vert est terminé, le « Challenge des alysées » commence, mais ca c’est une autre histoire .

Jérôme & Loïc Apolda – Infinite

On avançait un peu en dessous de la polaire ce matin. Le coupable a vite été identifié : un bout de filet pris dans le safran. Ça n’a pas été facile mais on  a réussi à le retirer grâce à une latte de foc cassée que nous avons réparée pour l’occasion, au grey tape.

Petit point logistique : on allège un peu le rationnement sur cette transat. Il nous reste 24 petits-déjeuners, donc retour à une ration normale, un chacun. 

Ça fait du bien 🙂

Côté conditions, ces dernières 24h ont été marquées par des vents plus légers avec la proximité de la dorsale. Beaucoup de réglages, surtout la nuit.

On était un peu trop haut en trajectoire, et deux concurrents plus au sud nous sont revenus dessus. On s’accroche et on remet ce qu’il faut. On va les reprendre.

Morgane Robin & Veronique Ansel – Les Elles du Large Parkinson

Ça y est, 2 semaines sont passées en mer. Et 2 autres semaines de course nous attendent !
Après la descente du Golfe de Gascogne, de l’Espagne, du Portugal et des Canaries, où nous restions globalement pas si loin de la terre, la course change de dimension, et la grande traversée de l’Atlantique commence ! 🌍
Notre cap est passé du sud à l’ouest, et il était temps. C’est une édition de la Cap Martinique où la météo n’est pas toujours conciliante, et nous contraint à une course plus longue que prévue et une route transatlantique très basse par rapport à l’anticyclone des Açores. Enfin si on peut encore l’appeler ainsi, au vu de sa forme assez nébuleuse en ce moment. 🤔
Notre petit JPK 9.60 est robuste mais on a eu notre lot de problèmes techniques : après un spi déchiré, une balancine de tangon et la barre cassée, c’est notre électronique qui nous a fait défaut avec une perte intégrale de l’installation NKE suite à un court circuit. Avec un peu de méthode et de patience nous avons fini par résoudre la panne et pouvoir repartir, ce qui a été un vrai soulagement. Un skipper se doit d’être multicasquette ! 🔧
Le clignotant a bien été mis à droite et les alizés sont au rdv, on a troqué le ciré contre le short, on est au portant depuis la sortie des Canaries et on jongle entre notre spi lourd (pour le vent fort) et notre spi léger (pour le vent plus faible). Un schéma récurrent ressort avec un vent qui forcit systématiquement la nuit avant de se calmer le matin. 🌬️
Nous pouvons désormais faire tourner des routages sur Adrena qui calculent notre trajectoire jusqu’à l’arrivée, les fichiers météo s’étalant sur 16 jours maximum. Et notre ETA (Estimated Time of Arrival) est pour l’instant évalué au 19 mai. Le 19 mai, soit 1 mois tout pile !
Personne ne s’attendait à une transat si longue et on doit dire qu’après un rapide calcul le verdict est sans appel, on va devoir se rationner un peu sur l’eau et la nourriture. Et aussi le papier toilette ! 🧻
Niveau placement par rapport à la flotte, nos concurrents les plus proches ont creusé l’écart une fois les spis déployés. On sait que dans ces conditions on n’a pas le meilleur bateau pour tirer notre épingle du jeu : une carène étroite et ronde des années 2000, la plus petite longueur à la flottaison de la course, le plus petit rating, des voiles moins volumineuses et déjà bien éprouvées. Tandis que nos camarades naviguent sur des voiliers récents taillés pour planer, aux coques larges et à bouchains, avec pour la plupart des jeux de voiles de régate flambants neufs. C’est le jeu de l’IRC, on ne concourre pas tous à armes égales, mais au moins on peut participer à la course de la même façon, malgré des budgets différents. Évidemment c’est frustrant de voir la flotte s’envoler, mais on se concentre sur l’essentiel : naviguer au mieux, faire de belles manœuvres, limiter la casse matérielle, optimiser le peu de stratégie encore possible sur la fin de la course pour reprendre du terrain. Pour ce dernier point, on a opté pour une trajectoire plus haute que la majorité de la flotte, pour une route un peu moins ventée mais plus directe donc avec moins de milles à parcourir. 🧮
On ne navigue plus à vue des autres bateaux et on ne croise désormais que très rarement des cargos, notre paysage se résume à la mer d’un bleu profond, à perte de vue tout autour. Les nuits sont claires en ce moment, avec une lune pleine, et on aperçoit parfois le sillage blanc de dauphins venant jouer avec notre étrave sous les étoiles. La faune devient plus exotique, on a aperçu une tortue, des galères portugaises, des puffins et nos premiers poissons volants ! C’est toujours aussi fascinant de les observer décoller de l’eau pour planer sur quelques mètres. 🐟 Certains finissent parfois sur notre bateau, de même que quelques jeunes calamars qui semblent avoir également la faculté de se projeter hors de l’eau pour échapper à leur prédateur. 🐙
A plus les terriens !

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