— 12. 05. 2026
— 12. 05. 2026

Jean-Pierre Kelbert 2e solo en Martinique

Jean-Pierre Kelbert (Persaivert) est le 2e solo à franchir la ligne d’arrivée de la Cap-Martinique ce mardi 12 mai à 08h13 (locale). Le skipper a mis 21 jours 21 heures 13 minutes et 13 secondes pour parcourir les plus de 4 000 milles entre La Trinité-sur-Mer (Morbihan) et Fort-de-France (Martinique). Suite à une infraction dans la zone interdite de Mauritanie, une pénalité de 45 minutes est ajoutée, son temps de course retenu est donc 21 jours 21 heures 58 minutes et 13 secondes.

Comment tu te sens là, ce matin, à l’arrivée ?

Jean-Pierre Kelbert : Très content. Très content d’arriver. Bien fatigué quand même, parce qu’on n’a pas ménagé notre peine sur le bateau pour le faire avancer du début à la fin. Même quand on savait qu’aller chercher la première place… ça fait bien longtemps que j’ai compris que ce serait quasiment une mission impossible, hein. Déjà après quatre jours, c’était un écart qui était fait.

Est-ce que tu peux nous raconter justement, parce qu’il paraît que tu as eu ton petit lot de galères ?

Jean-Pierre Kelbert : En fait, dans le golfe de Gascogne, on a eu pas mal de vent et je me suis pris un filet au mauvais moment, au mauvais endroit on va dire, quand il y avait environ 30 nœuds de vent. Je venais juste d’empanner. J’avais bien géré ma manœuvre, c’était un peu périlleux mais ça s’était bien passé. Je repars de l’autre côté, je suis plein pot pendant un quart d’heure. Je mets le pilote, je le règle. Tiens, royal, ça déboule et ça va bien. Et quand je suis sous pilote, je ne vois pas qu’il y a deux flotteurs devant, apparemment, et le bateau est passé sur un filet et s’est emmêlé là-dedans. Impossible de s’en sortir sans tout affaler. Donc affalage, chalutage… je me suis un peu blessé le pouce, j’ai vu du sang un peu partout dans le cockpit, ce n’était rien, mais ça faisait quand même un petit peu la boucherie à bord du bateau. Et puis j’ai abîmé un peu mon spi, j’ai affalé les voiles, j’ai fait des marches arrière, j’ai fait ce que j’ai pu avec la gaffe que j’avais à bord, ma canne… au final, j’ai tout coupé, j’ai réussi à tout enlever et je suis reparti, mais ça m’a pris du temps. J’ai perdu peut-être 10 milles dans la bagarre. Ça démarrait moyen et surtout, on perd beaucoup d’énergie, parce que quand on a une merde comme ça, on laisse beaucoup de jus.

Et puis après, c’est parti en course-poursuite, mais je me suis vite refait. Au Cap Finisterre, on était de nouveau assez groupés, on était même à se toucher les uns les autres quasiment, parce qu’on était dans la pétole complète avec Régis et Constance qui étaient avec nous, et puis Alex, on était à se toucher les bateaux. Comme les bateaux étaient voiles battantes, je suis parti dormir. Ce qui est marrant, c’est qu’en plus je dérivais dans un sens et le bateau de Régis dans un autre. Constance me dit : « Tu peux tourner ton bateau parce qu’on va peut-être se toucher. » Je pousse la barre en pagayant, j’arrive à le faire tourner et je pars dans l’autre sens. Bon, il n’y a rien. Je me dis que je vais faire ma sieste. Je me réveille une heure après : p*****, ils sont à un mille devant moi ! Ils sont partis dans l’autre sens, j’ai dérivé dans le mauvais sens, et eux dans le bon sens juste avec l’orientation du bateau. Je me dis que ce n’est pas vrai. Elle ne le sait pas, mais je vais lui dire.

Bref, après, je me retrouve à faire course-poursuite derrière, parce qu’un mille devient deux, trois, quatre, cinq. On revient au contact et là, il y a la brise de mer au début, et après il y a la brise de terre la nuit, et la brise de mer dans la journée. Et dans la journée, la brise de mer se lève collée à terre. C’est un peu paradoxal, mais c’est comme ça. Et là, je suis un petit peu décalé au large parce que j’essaie de me refaire la cerise en profitant un peu de la brise de nuit. Effectivement, je suis revenu au contact des tout premiers, royalement, mais décalé de deux milles au large. En fait, le vent n’est jamais venu à moi. Ils ont tous redémarré et là, c’est parti en deux milles, cinq milles, huit milles, dix milles… et après, j’étais en bord parallèle pendant cinq jours à voir le compteur qui tournait dans le débours inverse.

C’était une belle bagarre.

Jean-Pierre Kelbert : En tout cas, le point clé de la course pour moi, je vois exactement le moment où c’était, je vois comment ça s’est passé, et je ne réalisais pas qu’à ce moment-là, en fait, c’était mort pour moi. Et puis après, Alex ne fait jamais de fautes. De toute façon, à la régulière, je pense qu’il est quasi imbattable. Mais bon, je m’étais dit « là, ce coup-là, je vais essayer de me le faire ».

 Et il se bat comme un lion, mais il arrive à toujours rester lucide. Il ne fait jamais d’erreur. Il est assez stupéfiant, je dois l’avouer. Parce que même après, quand on arrive dans des conditions avec beaucoup de sargasses et du vent, il se trouve que les sargasses se mettent dans les safrans, et les safrans décrochent. On perd le contrôle du bateau, on fait des départs à l’abattée, des départs au tas. Si on est deux, il y en a un qui tient la barre et l’autre qui va derrière chasser les algues, et ça continue. Quand on est seul, ça ne marche pas. On est obligé d’attendre quasiment que le bateau soit parti au tas, couché sur l’eau, pour aller nettoyer les safrans. Ça paraît dingue. On a le bateau qui est couché, je suis avec la canne en train de nettoyer les safrans parce que, de toute façon, tant que je ne les ai pas nettoyés, je ne pourrai pas redresser le bateau. On choque le spi, on essaie de le ramener, ça repart. Trente secondes après, on se reprend un autre tas de sargasses, et boum, c’est reparti, un coup à droite, un coup à gauche, et on y laisse des plumes à chaque fois. Bref, il a géré ça vachement bien. Il y a par moments des densités de champs de sargasses qui sont terribles. Quand ça devient gérable, c’est la fête. Et puis les moments géniaux à bord, franchement, les moments de mer plate où ça glisse tout seul… le bateau est quand même assez dingue, avec des accélérations balaises.

Au de-là ta performance, si on regarde les premiers bateaux à franchir la ligne ici, il y a quand même pas mal de JPK 10.50…

Jean-Pierre Kelbert : C’est sûr que moi, ça me fait toujours plaisir de voir les bateaux qui performent là, vu qu’on a sorti ce bateau-là. Et comme je le disais tout à l’heure à Thibaut, il est vraiment né sous une bonne étoile parce qu’il n’a pas perdu de courses, il a toujours tout gagné. On a fait le Spi Ouest ensemble avec Alex il n’y a pas très longtemps, on a gagné ensemble, on avait gagné l’année dernière, on a gagné le Fastnet, on a quasiment gagné toutes les courses. Il avait gagné une course d’avant-saison avec mon bateau aussi. C’est un super bateau qui est surtout très, très fun, et c’est aussi pour ça que je suis venu. Je me suis dit : la course est géniale, les organisateurs sont cools, il faut avouer que c’est le meilleur format de course et on est traités comme des seigneurs. Et en plus, c’est un one-shot, donc ça fait une grande transat de trois semaines. Ça, c’est quand même bonnard. Donc il y a vraiment tous les ingrédients, et ce bateau-là qui plane de folie… ça m’a vraiment donné envie de venir.

Quel est le programme pour la suite, en vacances ?

Jean-Pierre Kelbert : Le programme, j’attends beaucoup de Jacky qui est là, mon ami, avec Patricia. Il m’a prévu tout un programme de 5-6 jours à la cool : faire de la planche, du wing, ce que je veux, enfin tout ça quoi… manger. Il a une maison à Foyal (Fort-de-France). Et puis là, aller voir les copains. 

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