— 11. 05. 2026
— 11. 05. 2026

Interview ponton : Sam Manuard & Erwann Le Mené – Guérir en mer

Quel est le premier sentiment que vous ressentez là ? 

Sam : Très heureux de terminer cette course. Ça a été une course mais en même temps un voyage, ça a été magnifique. On ne pensait pas faire une traversée aussi longue et du coup, on est passé proche des côtes africaines, proche des îles Canaries, des îles du Cap-Vert et puis ensuite arrivés ici, on est passé à côté du rocher du diamant. 

Donc c’était vraiment chouette, très intéressant d’un point de vue stratégique. Donc on n’a pas arrêté de faire tourner des routages, de discuter parce qu’on a ouvert la voie finalement, on était devant donc ça c’était très chouette.

Vous avez regardé combien de milles vous avez fait en tout ?

Erwann : Ouais beaucoup, 4000 et quelques alors que la route directe c’est 3 800. Mais il n’y avait pas le choix et à chaque fois qu’on pensait qu’on allait pouvoir couper le fromage, les fichiers d’après, le fromage était plus gros que le fichier d’avant donc on contournait, on contournait, on contournait et de plus en plus sud et on commençait à avoir peur du pot -au-noir à la fin on frappe pas la porte du pot-au-noir. Et puis on avait confiance dans la vitesse du bateau. Donc on n’avait pas peur de rallonger un peu la route parce qu’on était capable d’accélérer et en vitesse moyenne, enfin en vitesse sur notre propre route faire un écart assez important par rapport au suivant. Donc ça c’est aussi super intéressant.

Donc le bateau a tenu toutes ses promesses ?

Erwann : Le bateau, ouais il va vite. On a envie de dire que limite le facteur limitant c’était pas nous quoi. On n’a pas eu un départ à l’abattée, on n’a pas sorti 1 cm carré d’insigna. Nos trois spis sont intacts, les voiles sont intactes, on n’a pas sorti la caisse à outils ou si c’est une fois, c’est à cause d’une mini bêtise à nous. Le bateau pourrait repartir dans l’autre sens et mon dieu, qu’est-ce qu’il va vite. 

Je pense que notre chance et notre force dans cette transat, c’est que Sam a beaucoup d’expérience, a fait du multicoque, du class 40 beaucoup et en fait il sait aller vite. Ça secoue, ça bouge, c’est inconfortable et quand on l’a déjà vécu, bah on s’y fait entre guillemets. Je pense que c’est notre cas de connaître ces vitesses-là et pour avoir échangé un petit peu avec Régis Vian, il se plaignait de l’inconfort à bord et je pense que ça a été une des forces de notre binôme de vivre comme ça, c’est pas agréable mais on sait faire et on sait que si on veut aller vite, il n’y a pas le choix quoi.

Vous êtes complémentaires tous les deux, comment vous êtes organisés ?

Sam : Complètement complémentaires. Moi je faisais le travail de l’acquisition des fichiers, de faire travailler les trucs et ensuite on discutait et puis ensuite on partageait tout, c’est-à-dire les heures à la barre, le réglage, etc donc non la complémentarité était parfaite entre nous deux. 

Erwann : Toutes les décisions ont été prises en consensus, il n’y a pas eu un désaccord, il n’y a pas de moment où une décision a été prise avec un des deux au moment de trancher. Enfin il y eu eu un choix récemment à trois jours de l’arrivée notamment où j’étais pas trop d’accord parce que je n’avais pas les éléments qu’avait Sam et en fait 5 minutes d’explication ensemble, c’était une évidence. J’ai dit non seulement on y va et tu n’avais pas besoin de mon accord. Et je dis maintenant tu as mon soutien, on y allait tous les deux. J’ai aussi vraiment remarqué qu’il a passé un temps fou à l’ordi à faire un travail d’analyse météo assez impressionnant quotidien voire biquotidien et choisir une route quand le travail est prémâché comme ça c’est un plaisir et ça permet surtout d’être serein dans ses choix. Et je tiens vraiment à féliciter et à remercier Sam d’avoir passé tout ce temps à l’ordi parce qu’on est quand même là pour faire du bateau, pas du bureau.

Sam : Pour moi ça a été un des motifs de satisfaction de cette course-là, c’est qu’au fur et à mesure qu’on avançait, on découvrait que finalement ça allait être plus long, ça allait être plus sud etc. Donc ça c’est assez marrant et d’autant plus qu’il faut quand même se rassurer avec des raisonnements logiques pour accepter de partir aussi sud et de faire tout ça quoi.

Comment avez-vous vécu justement cette position de chassés ? Parce que vous avez ouvert la voie à tout le monde. C’est quelque chose dans lequel vous êtes à l’aise ?

Sam : Non non ça nous allait très bien. Ça nous allait très bien et puis à plusieurs moments de la course je pense notamment entre la Mauritanie, le Cap-Vert et puis ensuite sur l’arrivée aux Antilles, malheureusement, la situation ne favorisait pas trop les bateaux qui étaient devant et ça c’était le plus complexe à vivre à bord, c’est le fait que parfois ça revenait par derrière et ça a été le cas après la Mauritanie où on a perdu beaucoup de notre avance et ça a été le cas aussi sur l’arrivée aux Antilles où on a perdu beaucoup de notre avance. Ça c’était la grosse difficulté, en général souvent on va dire les courses ça part par devant mais c’est pas toujours le cas et cette course ce n’était pas le cas quoi.

Et là justement le résultat est encore un peu incertain pour la partie en temps compensé. Vous vous attendiez à ce que ce soit si serré ?

Erwann : Ça faisait 48h qu’on voyait le truc venir. Et puis on a eu une nuit dernière très compliquée en sargasses. On n’avait plus de repère, plus de vitesse. C’était assez déroutant et puis voilà, on savait que ça revenait par derrière avec de la pression. Donc on s’est toujours dit que chaque centimètre, chaque mètre qu’on ne perdait pas pouvait compter. Nous on avait un petit peu plus Est que lui. Donc il nous a valu deux contre-bords qui ont coûté très cher je pense en distance là cette nuit et ce matin. Maintenant les dés sont jetés. Il n’y a plus qu’à attendre, si quelqu’un peut éteindre le ventilo d’ailleurs ça nous arrangerait bien.

Vous avez fait le choix d’avoir un coefficient assez haut. Est-ce que vous pouvez en reparler ? 

Sam : Tout à fait. Donc ce bateau-là, il est équipé de voiles un peu plus grandes que les autres. L’idée était de favoriser la vitesse. Alors ça, ça vient avec un handicap un petit peu plus élevé. En tout cas, on voulait un bateau qui soit amusant et rapide et ça, on y a réussi. Le bateau est vraiment fun et on s’est vraiment marrés à bord.

Donc plein de beaux souvenirs ?

Erwann : Oui, les surfs à plus de 20 nœuds on ne les comptait plus. Des minutes à 17, des surfs à plus de 20 dans le golfe de Gascogne notamment. On s’est retrouvé tous les deux à manger à l’intérieur en tête-à-tête chacun sur un siège de veille sous pilote porte fermée avec des surfs à plus de 20 et ça passait crème.

Vous avez déjà pas mal d’expériences en course au large. Qu’est-ce qu’elle avait de particulier cette Cap Martinique ?

Sam : Ah ça c’est une très bonne question mais en fait la Cap-Martinique c’est une course un peu à part. Il y avait un groupe WhatsApp entre les concurrents et c’était incroyable de voir la solidarité des gens. Ça ne s’est j’avais jamais vu une course comme ça et franchement c’est phénoménal. Il y a un état d’esprit, les gars racontaient leur galère, se filaient des coups de main. Ah c’était fantastique. Et je ne connais pas d’autres courses qui fait ça. Donc c’est à souligner parce que c’est vraiment dans le plus bel esprit amateur. Ça j’ai beaucoup beaucoup apprécié. Merci.

Et maintenant quel est le programme en Martinique ?

Erwann : On n’a pas fait tout ce temps-là et ce voyage pour rien. Il fait beau, il fait chaud.

C’est magnifique. Je crois que je reste jusqu’au 18 ou 19. J’ai un billet d’avion et Sam se laisse vivre. Peut-être que Sam ne partira jamais.

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